
Kelly Bekkar
Après une saison touristique 2023 marquée par un net recul des vacanciers sur l’île, cette année, cette tendance semble se poursuivre à Porto-Vecchio. Des restaurateurs pointent du doigt le coût élevé du voyage.
Et si les saisons devenaient de plus en plus courtes ? Après un été 2023 décevant et un début de saison 2024 en dents de scie, les restaurateurs du centre-ville envisagent le pire. Ici, l’inquiétude est palpable.
“En avril, c’était mitigé, en mai, on a eu un peu de monde, et en juin, plus rien”,s’inquiète la patronne du restaurant chez Anna, qui pense même à vendre son affaire : “Bientôt, les saisons ne se feront plus que sur juillet et août et on ne tiendra pas”, déplore-t-elle.
Même constat pour le responsable du Café de la marine, qui note 40 % de fréquentation en moins cette année : “C’est bien pire que l’année dernière, c’est du jamais vu. Je ne vais pas pouvoir tenir longtemps !” Ouvert à l’année, l’établissement s’attend à des répercussions cet hiver : “Les locaux c’est pareil, ils vivent du tourisme et s’ils font une mauvaise saison, ils ne vont plus au restaurant, c’est toute une chaîne.”
Un budget en baisse
“Et on est qu’au début des problèmes”, estime un restaurateur du port. “On a noté une baisse de fréquentation de 20 %. On est à un tournant. Porto-Vecchio est une destination chère, les gens n’ont plus les moyens.”
Les restaurateurs sont unanimes, les clients consomment moins : “Je n’ai plus assez de carafes d’eau”, ironise le patron de la Pergola, qui compose en proposant des formules avantageuses le midi. “On sent que les clients sont encore plus regardants avec l’argent. Cette année, on a décidé de baisser nos prix pour la première fois”,explique-t-on au Glacier du port.
“C’est que les billets pour Figari sont hors de prix, tout comme les logements ici. Ça refroidit… Ceux qui viennent ont moins de budget pour aller au restaurant”, analyse une commerçante, qui s’est jointe à la conversation.
Et si les visiteurs sont certes moins nombreux, ils sont tout de même bien présents selon le patron du Glacier de la place : “Nous, on ne se plaint pas. Ici le ticket moyen est faible mais avec l’affluence, on se maintient. Après, on est un café, peut-être que les gens ont moins les moyens pour de plus grosses dépenses, comme le restaurant.”
Des transports trop chers
Christelle Cristofini, responsable commerciale à l’Umih Corsica (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie), dépeint la vive préoccupation de ses adhérents : “Ils sont affolés, ils pensent même que c’est la fin de la restauration… Ça fait deux ans qu’ils subissent le manque de fréquentation et la baisse du panier de consommation, et cette année, c’est pire !” Et dans l’Extrême-Sud, première destination touristique en Corse selon les statistiques, la représentante de l’Umih annonce un été en demi-teinte : “On a fait des enquêtes, et les hôtels sont loin d’être pleins en juillet août. On a des hôtels qui cassent leurs prix.”
“Pour la saison 2024, c’est déjà trop tard”, considère Christelle Cristofini, qui rappelle que l’Umih Corsica bataille pour faire baisser le prix des transports, qui selon les socioprofessionnels, a un impact sur la fréquentation touristique. En partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie de Corse, une table ronde d’ampleur a été organisée en mai dernier. Elle réunissait également les compagnies aériennes et maritimes, pour trouver des solutions face à la perte d’attractivité de l’île. “Il se passe quelque chose… Un changement fort est obligatoire pour faire revivre le tourisme”,estime la représentante de l’Umih.
Par Kelly Bekkar
