Ce film de destination, qui dure moins de deux minutes, a été récemment récompensé à Nantes. Il présente le territoire à la manière d’un court-métrage, en montrant des paysages toujours époustouflants et en parlant de transmission.
Parler à la fois au Porto-Vecchiais et au visiteur, avec un langage, des images, auxquels les deux peuvent s’identifier, se raccrocher, être émus. C’est le pari que s’est lancé l’office de tourisme intercommunal de Porto-Vecchio en imaginant Filu di mimoria, un film de destination, récemment primé aux Trophées de la communication, à Nantes.
Deux petites minutes pour faire comprendre un territoire, le montrer dans sa diversité, sa complexité “avec un scenario, et surtout des gens d’ici, impliqués. On a choisi un vrai berger, Jean-Pierre Antonetti, et son fils Jean-Raphaël. Idem pour les dialogues en voix off, qui sont dits par Don-Mathieu Santini et son fils, Ghjuvan’Paulu. On raconte une histoire de transmission, donc c’était important pour nous de nous appuyer sur des personnes qui ont aussi cette sensibilité”, développent Vannina Salvini et Camille Panagos, qui ont imaginé le film.
Ne pas faire “une simple présentation de paysages”
Pour les responsables du service promotion et communication de l’office, le premier travail a été de trouver le réalisateur adéquat, “pour ne pas être dans une simple présentation de paysages, mais dans un décor qui raconte quelque chose, qui transmet une émotion, une certaine poésie aussi. Kevin Clerc, avec qui nous avions déjà travaillé sur le premier film de destination, en 2017, a cette approche, l’envie de faire découvrir les lieux autrement. Nous avons donc travaillé le scénario ensemble, imaginé les lieux de tournage, et réalisé tout cela au printemps 2024.”
Le tout avec des moyens pas aussi faramineux qu’on pourrait le penser, mais plutôt “avec des amis qui jouent les figurants, chez nous, dans nos maisons, nos jardins. Cela a donné une certaine cohésion à l’ensemble et permis d’impliquer en réalité beaucoup de personnes de la microrégion. C’est aussi une manière pour les habitants de s’approprier les images et l’histoire, car on a tous dans nos entourages, un proche qui est parti et veut rentrer en Corse pour retrouver du sens à sa vie, quand on n’est pas concerné à titre personnel.”
Un angle qui “tranche considérablement avec les communications habituelles”
Et le premier qu’il a fallu convaincre, c’est Jean-Pierre Antonetti, ancien joueur professionnel de football, qui a choisi à 23 ans de rentrer et de devenir berger. “Ce film, c’est l’histoire de beaucoup de monde chez nous, et c’est assez singulièrement la mienne. Je me suis complètement retrouvé dans ce qui est dit dans ce film”, relate le berger qui, convaincu par son épouse, a finalement “beaucoup aimé” participer au projet avec son fils, et voit aussi une manière de “promouvoir l’Extrême-Sud autrement. Le film peut inciter les visiteurs à venir en hiver, et c’est finalement là qu’on découvre la Corse et les gens.”
C’est aussi cet angle “qui tranchait considérablement avec les communications touristiques habituelles“, qui a séduit Don Mathieu et Ghjuvan’Paulu Santini, qui ont enregistré les voix off qui accompagnent la vidéo. En langue corse évidemment, et en y ajoutant leur petite touche personnelle parfois “en accord avec l’office, pour que les phrases sonnent spontanément. C’est une toute petite réécriture qui vient finalement de manière très naturelle dans les dialogues.”

Nantes. Studio Odaki
Un film à faire vivre sur différents supports
Depuis quelques mois maintenant, le film est diffusé sur les écrans de l’OTI, mais sans le son, “ce qui est un peu dommage parce qu’on perd cette intensité-là. Mais les images sont extrêmement belles et sont très parlantes”, estiment les responsables de l’office, qui espèrent faire vivre le film “au-delà de nos supports et dans le temps”, et envisagent d’autres supports de visionnage, comme les cinémas et les sites de communautés de voyageurs “qui correspondent à nos cibles”.
En attendant, le film est visible sur le site de l’OTI. Ce qui a fait la différence pour qu’il soit primé à Nantes ? “C’est notre identité, tout simplement, ce qu’est ce territoire, qui sont les gens qui l’habitent. Il est question de transmission, et ça parle bien au-delà de notre île.”
Par Sandrine Ordan
