
Fanny Hamard
Le tourisme, une aubaine pour tous ? En Corse, la saison haute transforme l’économie locale et pour de nombreux indépendants c’est aussi une période très active. Le point sur ceux qui en bénéficient indirectement.
Quand on parle d’économie du tourisme, on a tendance à penser aux transports, à l’hôtellerie, à la restauration et aux 370 000 visiteurs recensés au pic de la saison l’an dernier – à la mi-août 2025* -. Pourtant, il y a en parallèle tout un maillage d’entreprises qui bénéficient aussi de ce ruissellement et tirent leur épingle du jeu pendant la saison haute.
“Juin, juillet et août me doublent les mauvais mois”
Parmi eux, André Paldacci, l’infatigable disquaire d’Ajaccio. Celui qui travaille 7 j / 7, “même le dimanche, de 9 heures à 19 heures, non-stop”, est ouvert toute l’année mais dit démarrer sa saison dès avril, et ce jusqu’en octobre. Mais concrètement, quelle différence entre l’été et d’autres périodes qui attirent du monde ? L’impact du tourisme semble-t-il : “Je vends de tout et le monde attire le monde, mais je fais la différence : tu as le local, le touriste là pour quelques jours, et le croisiériste là pour quelques heures. Ils n’achètent pas la même chose”, détaille-t-il. “Heureusement qu’il y a la saison, parce qu’autrement je pense que le magasin ne tiendrait pas. Juin, juillet et août me doublent les mauvais mois au bas mot”, assure-t-il.
Et ça, c’est seulement pour sa boutique de la rue Fesch, car quand il n’y est pas, André anime les soirées estivales des jeudis sonores et les scènes de Jazz in Aiacciu. “Ça me sert aussi pour vendre des albums, explique-t-il. C’est un plus qui n’est pas négligeable, des fois je vends jusqu’à 50 pièces le même soir… Et puis, j’adore faire le présentateur.”
“En hiver, forcément, c’est plus creux”
Un plaisir de mélomane dont les intermittents du spectacle font eux aussi leur beurre. C’est le cas du groupe corse de musique cubaine Habana Band qui se produit beaucoup dans les bars et aussi sur certaines scènes de Festival. Actifs majoritairement l’été, quand il y a du monde, ils alternent les périodes de travail et de chômage. “C’est un statut particulier”, admet le bassiste Fabien Pardies en précisant : “Pour nous, une trentaine de dates, c’est déjà pas mal sur une saison et en hiver, forcément, c’est plus creux. Mais souvent on profite de cette accalmie pour composer avec nos différents projets et pour préparer la nouvelle saison”.
Une anticipation qu’ils sont plusieurs à mettre en place pour répondre présent sur le marché du travail quand les touristes commencent à affluer. À commencer par prévoir des renforts saisonniers.
“Des chiffres qui, a minima, doublent, voire triplent pour certains”
Du côté des supérettes par exemple, “c’est un point récurrent”, acquiesce Anthony Renucci, directeur régional des franchises du groupe Casino en Corse, en insistant surtout sur “les magasins les plus impactés par la saison où vous avez des chiffres qui, a minima, doublent, voire triplent pour certains”.
Il faut dire qu’avec son parc de 70 magasins dans l’île, le réseau, qui comprend aussi les commerces d’alimentation bien connus Spar – soit environ 90 % des franchises Casino ici -, a une sacrée carte à jouer.
À l’échelle de la Corse, l’enseigne hollandaise étant “diffusée dans pratiquement 50 pays a toujours présenté beaucoup d’intérêt avec l’incidence saisonnière parce qu’un Anglais, comme un Italien, un Allemand ou un Espagnol, sait bien que le petit sapin et les 4 lettres Spar ça signifie “nourriture””, raisonne le responsable du réseau.
C’est donc sans surprise que “l’Extrême-Sud et la Balagne”, deux microrégions très touristiques “trustent les chiffres les plus conséquents”, dévoile-t-il avant de conclure sur le bilan très parlant de ses magasins en Corse : “En toute humilité, on a les plus grosses parts en termes de chiffre d’affaires de France. C’est quand même une très belle performance”.
*Source ATC.
Par Leslie Mary


