
C. L. -P.
Jean-Louis Moretti – responsable du pôle développement et ingénierie de l’agence du tourisme de la Corse, sera l’un des speakers dans le cycle de conférences présentées à l’IFTM, le salon des professionnels du tourisme. Elle s’intitule “La transition écologique du tourisme en Corse de 2015 à 2025”, et aura lieu ce mercredi 24 septembre.
Que souhaitiez-vous aborder dans cette conférence axée sur le tourisme durable ?
Le thème s’est dessiné sur un hasard au regard du calendrier, qui correspond à l’anniversaire du Padduc (plan d’aménagement et de développement durable de la Corse). Il a été adopté à la quasi-unanimité de l’Assemblée de Corse en session du 2 et 3 octobre 2015. Et puisque cette année, sur ce salon IFTM, il y a une thématique autour du tourisme durable, notre calendrier nous imposait d’avoir un regard sur ces dix années, de 2015 à 2025. Le Padduc nous donne un cadre d’intervention. Pour ce qui est du tourisme, il est relativement précis, puisqu’il sera même complété en annexe d’un schéma pour le développement touristique. Il nous dit de travailler sur la durabilité.
L’orientation stratégique numéro 5, qui est l’orientation du plan d’aménagement et de développement durable, y est inscrite. Il se compose ainsi de deux documents : il y a le plan de développement et les schémas, dont celui pour le tourisme. Dans le plan, il est dit qu’il doit être durable, qu’il doit valoriser l’identité de la Corse, et qu’il doit être largement réparti sur l’année et sur les territoires.
“On a dit ce qu’on voulait et on essaye modestement de le faire”
Qu’est-ce que vous aimeriez que le public retienne de cette conférence ?
D’abord, j’aimerais qu’ils retiennent que le Padduc a une existence pratique, que ce n’est pas seulement un texte. Je pense qu’on le connaît sous un angle un peu limité, qui est celui de l’urbanisme, un angle fondamental. Peut-être que le grand public ignore les autres aspects, et notamment l’aspect touristique. Et c’est vrai qu’au cours de ces dix dernières années, si on fait deux colonnes, ce qu’il y a eu de bien et ce qu’il y a eu de moins bien, on entend souvent des réflexions du type : “On n’a toujours pas dit ce qu’on voulait comme tourisme.” C’est faux, c’est écrit, c’est voté, et c’est adopté à une très, très large majorité par les Corses, puisque l’Assemblée de Corse, ce sont les élus de la Corse. On a dit ce qu’on voulait et on essaye modestement de le faire.
Nous venons d’apprendre que la Corse a obtenu le label Green Destination. Est-ce un palier important dans la promotion de la destination ?
Il permet à la destination de se regarder. Parce que c’est d’abord ça un label, c’est faire son autocritique. On l’obtient sur la base d’un certain nombre de critères, qui permettent de répondre à la question : “Est-ce qu’on est bon, moyen, ou pas bon, dans tel ou tel domaine, sur tel ou tel critère ?” Et on obtient une note. Il y a une deuxième notion de palier qui réside dans le fait que c’est un label international placé sous l’égide de la première organisation mondiale du tourisme durable, le GSTC (Global Sustainable Tourism Council), qui délivre le niveau bronze, argent, ou or – que l’on a obtenu, et platine.
C’est intéressant parce qu’obtenir une récompense, ça fait plaisir : cela veut dire qu’on n’est pas si mauvais. Et cela se vérifie quand on se déplace en Méditerranée, et qu’on visite d’autres destinations concurrentes de la Corse. On va donc pouvoir communiquer, et encourager les Corses, en pensant d’abord à ceux qui se sont engagés avec nous dans des démarches de labellisation, comme les hôtels, les campings et les autres structures.
Il va aussi falloir qu’on atteigne le niveau platine. Ça nous donne un cadre de travail pour deux ans, comme une feuille de route pour travailler sur nos faiblesses. Ce label est plus qu’une récompense, c’est un outil structurant.
“Il y a d’autres labels qu’on essaye de développer”
Quelle est la différence avec l’écolabel ?
C’est totalement complémentaire. L’écolabel européen est dédié à l’hébergement et seulement à ce dernier. Tous les hébergements de Corse peuvent, demain, s’ils le souhaitent, porter l’écolabel européen. Il s’obtient en ayant un comportement vertueux avec l’eau, l’électricité, les déchets, les circuits courts… Il y a d’autres labels qu’on essaye de développer comme le label Port Propre pour les ports de plaisance, qui consiste à émettre zéro rejet dans l’eau de mer, le cyclotourisme, ou des labels dans le domaine du handicap, pour travailler sur le volet social et sociétal du développement durable.
On compte donc beaucoup de labels qui sont intéressants et qu’on s’emploie à développer, en incitant les acteurs à être meilleurs en termes de développement durable. Ce principe, il faut qu’on se l’applique à nous-mêmes : nous sommes les managers de la destination. On a donc cherché un label qui nous a semblé le plus représentatif pour la Corse à l’échelle internationale, le Green Destination.
Trouvez-vous une cohérence auprès de tous les acteurs présents sur le salon dans une optique de tourisme durable ?
Il y a une dynamique qui émerge. Quand on regarde les acteurs du tourisme sur ce salon, il est aussi question de business entre les opérateurs du voyage. On revient toujours à l’image du colibri dans le développement durable. Chacun apporte sa contribution. Aujourd’hui les bateaux polluent moins, les avions sont moins consommateurs… Les tour-opérateurs sont les acteurs majeurs de ce type de salon, car ils sont les capteurs de l’air du temps et des tendances. Notre allié le plus important c’est le marché, parce que le tourisme est générationnel, et que chaque génération pratique un tourisme différent. Les nouvelles générations vont aller de plus en plus sur une demande de séjour durable. Il y a une étude d’Atout France de 2022 qui se concentrait sur trois marchés importants pour nous : la France, l’Allemagne, et la Grande-Bretagne. On constate un développement de la demande pour des produits durables qui va de 16 % à 26 % selon les marchés.

