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Tourisme d’affaires en Corse : un levier pour développer l’activité hors saison ?

@Corse Matin
Le cadre authentique de la Corse, séduit de plus en plus d’entreprises qui viennent y organiser des séminaires, conventions et incentives.
© AGENCE CORSE INCENTIVE

Le tourisme d’affaires gagne du terrain en Corse et s’impose comme un moteur potentiel de diversification du modèle touristique insulaire. Selon la dernière étude de l’Agence du tourisme de la Corse, publiée en 2025, il représente 270 000 visiteurs et 433 000 nuitées par an. Un marché prometteur pour le hors saison, malgré les contraintes d’accessibilité et d’accueil de l’île.

Quand on pense aux vacances en Corse, on imagine d’abord des séjours en famille entre plages et longues soirées d’été, plutôt que des rencontres professionnelles plus ou moins formelles. Pourtant, séminaires, incentives et conventions, pourraient bien avoir une carte à jouer dans la transformation du modèle touristique insulaire. Non pas pour remplacer le tourisme de loisirs, mais pour attirer une clientèle qui séjourne autrement. Objectif : mieux répartir l’activité touristique dans le temps et sur le territoire.

L’Agence du tourisme de la Corse (ATC) en fait d’ailleurs un axe de diversification. En effet, le potentiel économique de la filière est difficile à ignorer : une étude publiée en mars 2025 estime à 270 000 le nombre de visiteurs liés au tourisme d’affaires en Corse, dont 31 300 pour le Mice (segment spécifique du tourisme d’affaires axé sur l’organisation et la gestion d’événements corporatifs, ndlr). Pour un total de 433 000 nuitées. Une offre s’organise aujourd’hui autour de plusieurs pôles, notamment Bastia, Ajaccio, la Balagne et l’Extrême-Sud. La demande est principalement portée par des entreprises nationales, évoluant notamment dans les secteurs de la pharmacie, de la banque, de l’assurance et de la finance.

Pour l’ATC, l’événementiel professionnel constitue un “levier essentiel pour l’attractivité économique, la notoriété et l’image de la destination”, mais aussi une “opportunité d’allongement de la saison“.

Une piste prometteuse pour remplir les ailes de saison

C’est sans doute là que le tourisme d’affaires prend le plus de sens pour la Corse. Il ne pèse que 6 % de la fréquentation sur l’ensemble de l’année. Cependant, l’affluence atteint les 10 % en avant-saison et 8 % en arrière-saison. Et cette dynamique semble aujourd’hui s’installer. Dominique Istria, dirigeant de Cors’Alpha Touring à Afa, observe que les demandes commencent à se déplacer vers des périodes jusque-là, moins sollicitées par les entreprises. “Nous recevons de plus en plus de demandes pour fin octobre et novembre, explique le dirigeant de l’agence de tourisme spécialisée dans l’événementiel et les voyages de groupes. De ce fait, nous essayons de lisser l’activité sur huit mois“.

L’intérêt est double. Pour les clients, ces périodes permettent de trouver des tarifs plus accessibles et un environnement plus calme. Pour les professionnels insulaires, elles offrent la possibilité de faire fonctionner hôtels, restaurants et activités connexes, lorsque la fréquentation touristique traditionnelle baisse.

“Pour susciter un véritable engouement, il faut créer une expérience authentique et donner une vraie raison de venir en Corse”, insiste Dominique Istria. Autrement dit, l’enjeu ne consiste plus seulement à proposer un cadre standardisé adapté aux réunions, mais à leur faire vivre la destination. Les acteurs locaux misent ainsi sur le sensoriel et sur ce qui fait la singularité de l’île. Randonnée en haute montagne, réunion sur un bateau, gastronomie, découverte du patrimoine ou rencontre avec des producteurs : autant de façons de donner aux séjours une dimension plus immersive.

Une clientèle d’affaires qui dépense plus qu’un touriste classique

L’autre particularité du Mice tient au profil et au niveau de dépense. “Un participant MICE ne consomme pas comme un touriste lambda, résume Jean-Philippe Banghala, directeur associé de Corse Incentive. Sur trois jours, la dépense moyenne atteint près de 800 euros, contre moins de 500, pour un visiteur classique“. Ce montant correspond principalement aux dépenses prises en charge par l’employeur. Mais le voyage peut aussi générer des dépenses supplémentaires, directement assumées par les participants. “Lorsqu’ils disposent d’un peu de temps libre à la fin du déplacement, ces touristes consomment aussi chez les commerçants, sur leur budget personnel. C’est une vraie valeur ajoutée”, poursuit-il.

Ces dépenses réalisées à titre individuel ne sont donc pas à négliger : elles prolongent l’impact économique du voyage au-delà des dépenses directement liées à l’événement. Des retombées qui se diffusent auprès d’un large éventail d’acteurs locaux. L’étude de l’ATC les évalue à 37,1 millions d’euros.

Un potentiel qui se heurte encore à la réalité insulaire

Malgré son potentiel, le tourisme d’affaires corse reste confronté à deux contraintes majeures : l’accessibilité et les capacités d’accueil. Le transport pèse notamment sur les budgets des sociétés. Dominique Istria estime ainsi que “l’acheminement pénalise beaucoup“, pouvant représenter 400 euros sur un budget de 1 000 euros par personne. Une contrainte d’autant plus forte que les déplacements moyens s’élèvent à quatre jours.

Les infrastructures constituent l’autre point de tension. Pour Jean-Philippe Banghala, la région peut trouver des solutions jusqu’à environ 200 personnes dans certaines configurations. Au-delà de 400 participants, en revanche, l’offre devient très limitée. “C’est dommage, nous passons côté de belles expériences”, constate également Dominique Istria.

L’enjeu est désormais de pouvoir répondre à cette demande tout en renforçant la visibilité de la destination. Pour y parvenir, l’Agence du tourisme de la Corse investit aussi le terrain de la promotion, en participant à des salons professionnels à Barcelone et à Paris. Sur le territoire, les Events Days Corsica, organisés en avril 2025, sont le reflet d’une filière qui se structure. Une dynamique qui pourrait permettre à l’île de mieux s’imposer comme destination d’affaires nationale et européenne.

Par Francesca-Orsula Angelini

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