
CHRISTIAN BUFFA
L’heure n’est pas encore au bilan de la saison estivale 2 026 du côté de l’agence de tourisme de la Corse. Questionnée sur la progression du marché italien cet été, avec prudence, Angèle Bastiani, la présidente de l’ATC confirme un renforcement de cette clientèle et détaille la stratégie menée depuis plusieurs années pour atteindre cet objectif.
La saison n’est pas encore terminée mais déjà une tendance se dessine : les touristes italiens seraient de retour en Corse. Avez-vous des retours qui le confirment ?
Cela fait plusieurs années que l’on constate un renforcement de la clientèle italienne et 2026 ne devrait pas faire exception à la règle, même s’il faut toujours être patient pour disposer de chiffres consolidés. Ce retour des Italiens est le résultat de notre politique proactive dans ce domaine.
L’Italie est historiquement l’un de nos principaux marchés émetteurs de touristes, et nous avions constaté une érosion progressive de cette clientèle, assortie d’une concentration très forte en juillet août.
Nous avons donc engagé un véritable travail de reconquête et de diversification, car nous étions historiquement, depuis les années 90, sur un tourisme italien très monolithique, avec une typologie assez unique de touristes, stéréotypée autour de voyages en bateau avec véhicule et séjour en camping. Ce n’est pas un mal, mais ce n’était pas suffisant. L’Italie ce sont plus de soixante millions d’habitants, et nous y sommes allés chercher d’autres formes de tourisme.
“La bonne ligne n’est pas simplement celle qui apporte beaucoup de passagers en août”
Depuis deux ans justement, d’importantes campagnes de communication sont menées pour reconquérir le marché italien. Selon vous, pourquoi fallait-il miser sur ce tourisme ?
Parce que l’Italie est probablement le marché européen avec lequel la Corse dispose de l’une des plus grandes proximités, et pas uniquement géographique. Un étroit bras de mer nous sépare, on peut voir leurs côtes par temps clair. Même si tout a été fait pour que l’on ne regarde que vers le nord, rien ne nous empêche désormais de tourner le regard à l’est…
Nous partageons des milliers d’années d’histoire commune, des liens culturels et linguistiques, des habitudes et des références communes. Il est même parfois difficile pour un Corse de considérer réellement l’Italie comme un pays totalement étranger. Il fallait donc renouer un lien qui existait déjà plutôt que partir à la conquête de marchés sans affinité particulière avec la Corse. Mais il y a également un choix stratégique.
Vous parlez de la diversification des marchés ?
Notre fréquentation reste très dépendante du marché français. Diversifier les provenances permet de mieux répartir les flux et de rendre notre économie touristique moins dépendante d’un seul bassin de clientèle. C’est précisément l’un des objectifs de notre politique de déconcentration du tourisme : dans le temps, sur les territoires et dans l’origine de nos visiteurs.
De nouveaux ponts avec l’Italie ont été bâtis dans l’offre de transport. Quel déploiement des lignes défendez-vous ?
Notre priorité n’est pas de multiplier les lignes juste pour multiplier les flux. Nous voulons une connectivité qui corresponde à une politique touristique. Cela signifie des lignes mieux réparties dans l’année, capables de soutenir le printemps et l’automne et, progressivement, de fonctionner sur une période beaucoup plus large. L’enjeu est de passer d’une logique essentiellement estivale à une logique d’annualisation de la desserte. C’est précisément le principe du dispositif d’achat de flux adopté par l’Assemblée de Corse : renforcer, élargir et annualiser les connexions, avec notamment Rome et Milan parmi les liaisons internationales identifiées.
Avec l’Italie, nous devons donc rechercher une continuité de desserte et travailler la complémentarité entre Rome, Milan et les aéroports corses concernés. La bonne ligne n’est pas simplement celle qui apporte beaucoup de passagers en août.
L’enjeu d’un flux touristique sur les ailes de saison
Votre feuille de route repose sur l’étalement de la saison. Avec les touristes italiens parviendrez-vous à répondre à ces enjeux ?
C’est précisément l’un des intérêts de ce marché : en juillet et en août, ceux qui veulent venir en Corse viennent déjà. Mais dans un pays de cette taille, nous avons le loisir d’aller chercher tous les autres profils de touristes, qui peuvent venir tout au long de l’année séjourner dans notre île. Reconquérir le marché italien n’a donc de sens que si cette reconquête nous aide à transformer le calendrier touristique de la Corse, et pas simplement à augmenter les volumes au cœur de l’été.


