L’île a accueilli ce mois de juillet plus de visiteurs qu’en 2024, malgré le ressenti inverse de certains professionnels. Il faut dire que les hôtels non complets, les terrasses désertées et les dépenses en berne traduisent une évolution des habitudes de consommation et un contexte économique qui pèse sur la saison.
L’image circule depuis quelques semaines : des ruelles plus calmes, des terrasses moins bondées et des restaurateurs pour le moins inquiets. “On ne parvient pas à remplir les réservations du mois d’août”, confie le directeur d’un hôtel situé dans le Cap Corse. “C’est la première fois depuis de nombreuses années que nous ne sommes pas complet pour la fin de saison dès le mois de juillet.”
Il faut dire que dans les reportages comme sur les réseaux sociaux, le constat semble unanime : la saison touristique 2025 serait en retrait. Mais derrière l’impression d’une première partie de saison en demi-teinte, les chiffres racontent une tout autre réalité.
Des arrivées en hausse au mois de juillet
Selon nos informations, la fréquentation de l’île, en ce mois de juillet, est pourtant en nette progression. D’après les données arrêtées au 20 juillet, la compagnie Air Corsica affiche une hausse globale de 2 %, avec une fréquentation en augmentation sur la quasi-totalité de ses lignes, à l’exception de Toulouse et Charleroi.
Côté ports et aéroports gérés par la CCI, la chambre consulaire confirme auprès de Corse-Matin une augmentation globale de 2 % par rapport à 2024, avec un peu plus d’1 400 000 passagers en ce premier mois de l’été. Dans le détail, Ajaccio fait légèrement mieux qu’en 2024 (+ 0,2 %). De leur côté, les arrivées par Figari bondissent de 6 %, tandis que Bastia se maintient sensiblement au même niveau que l’an dernier.
Comment expliquer alors que restaurateurs, hôteliers ou gérants de camping témoignent d’un creux d’activité ? L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) de Corse, contactée par Corse-Matin, constate effectivement un recul des réservations… mais dans les hôtels et restaurants. “Pour la première fois, beaucoup d’établissements hôteliers ne sont pas plein au mois d’août, précise l’organisation professionnelle. Beaucoup de restaurateurs se plaignent également d’une baisse de fréquentation.”

Un exemple visible à Bastia, sur la place Saint-Nicolas, où les tables, même à l’heure du déjeuner, ne se remplissent pas. “Le mois de juillet était très moyen. C’est un peu mieux ces derniers jours néanmoins”, observe Samuel, serveur dans une brasserie.
Un constat partagé par Carole, 42 ans. “Il y a moins de monde, on trouve toujours de la place, explique cette habitante de Bastia, venue boire un verre avec ses deux enfants et une amie. Même sur le Vieux-Port les terrasses ne sont pas très remplies.”
Des changements d’habitude
Pourtant, cette tendance des terrasses plus calmes et des hôtels peu remplis semble surtout liée à l’évolution des habitudes de consommation : davantage de locations via Airbnb ou des plateformes similaires, plus de repas pris à domicile ou en pique-nique, et moins de dépenses dans la restauration traditionnelle. “Les gens mangent peu dans nos restaurants, ils consomment des produits achetés dans des supermarchés”, constate également François Fratellia, gérant d’un camping situé en Costa Verde. On sent que le pouvoir d’achat joue beaucoup cette année. Les habitudes de consommation changent.”
Reste la question du coût de l’accès à l’île. Malgré des billets d’avion à plus de 300 euros entre Marseille et Ajaccio ou des traversées en ferry dépassant parfois les 1 000 euros avec voiture et cabine, les touristes continuent d’affluer. Mais ces tarifs peuvent également concentrer les arrivées sur des périodes plus courtes, notamment autour du mois d’août.
Autant de tendances qui interrogent l’ensemble des acteurs touristiques, mais qui ne signent pas, loin de là, la fin de l’attractivité de l’île.
Par Aymen AMIRI
Publié le 07/08/25 à 07:00 – Mis à jour le 07/08/25 à 08:02
