Par Sandrine Ordansordan@corsematin.com

Le souhait de limiter l’impact écologique de la piscine chauffée a été le point de départ de l’installation d’un système hydrohybride pour alimenter en froid l’hôtel U Capu Biancu à Bonifacio. Ian Abela
L’île est la deuxième région, juste derrière la Nouvelle-Aquitaine, à avoir le plus grand nombre d’établissements hôteliers écolabellisés. Une démarche qui existe au niveau européen et permet de distinguer ceux – volontaires – qui sont dans une démarche écoresponsable.
Un nouveau label ? Pour quoi faire, serait-on tenté de demander. La question, l’agence du tourisme de la Corse ne se l’est pas vraiment posée. “Nous avions engagé depuis longtemps une réflexion autour d’un label écologique pour nos hébergements touristiques, d’autant que le Padduc dit que l’île doit être exemplaire en la matière. Le plan de relance Covid a donné l’opportunité financière d’un accompagnement par les bureaux d’études et la création de l’Écolabel, porté par la Commission européenne et diffusé dans les 27 pays de l’UE, ont permis de concrétiser des idées”, synthétise Jean-Louis Moretti, responsable du pôle développement & ingénierie de l’ATC.
Aujourd’hui, une grosse cinquantaine d’établissements de tout type – hôtels, résidences de vacances, gîtes, campings, meublés de tourisme, chambres d’hôtes – est labellisée en Corse, ce qui en fait la deuxième région française pour le nombre, juste derrière la Nouvelle-Aquitaine.
Assez logiquement, en suivant simplement la répartition des visiteurs, l’Extrême-Sud et la Balagne sont les microrégions les plus représentées. Viennent ensuite la Plaine orientale et le Cap, et “une dissémination sur l’île intéressante car il s’agit souvent de petites structures, qui font de gros efforts pour se mettre aux normes de l’écolabel et anticipent de nouveaux aménagements, moins consommateurs”.

“Pas un outil marketing, mais une conviction”, aux yeux des hôteliers qui ont fait ce choix
C’est le cas de l’Incantu, à Galeria. Et même si Pierre-François Angelini avoue – comme deux tiers de ses collègues concernés – avoir commencé les transformations “bien avant l’écolabel”, l’accompagnement du bureau d’études a permis “d’aller plus loin. Quand on a construit, en 1993, on a essayé d’anticiper, mais il y avait peu d’aides à l’époque, donc on a rénové de manière raisonnée petit à petit, et mis en place des choses assez naturellement dès le départ. Ça n’a jamais été un outil marketing, mais plutôt une conviction”.
Dans l’établissement qu’elle dirige à Bonifacio, cela fait déjà six ans qu’on est engagé pleinement dans des démarches plus vertueuses d’un point de vue écologique, via le programme Rispettu. “Tout est parti de la piscine”, sourit Marie-Josèphe Mucchielli, directrice de l’hôtel U Capu biancu, titulaire du Troph’Energie 2024. L’établissement souhaitait limiter l’impact de la piscine chauffée, “et nous avons trouvé le professionnel, Franck Peretti, qui nous a aidés à en faire la source en froid de l’hôtel. Toutes les climatisations et les chambres froides sont désormais alimentées par ce système hydrohybride, qu’on espère voir évoluer en hydromaréthermie”. Un investissement à 1 M€, dont la moitié a été financée par l’Ademe et l’AUE, et dont les retombées vont être “difficiles à calculer. C’est aussi une question d’image de l’hôtel que nous mettons en jeu et qui doit être conforme au niveau d’attente de la clientèle d’un établissement de standing”.
La nécessaire implication des équipes pour parvenir à l’adhésion de la clientèle
La question de l’adhésion de la clientèle à une utilisation raisonnée de l’eau ou de la climatisation, comme la sensibilisation au gaspillage alimentaire, est l’une des clefs de voûte de l’écolabellisation. Plus facile à mettre en pratique avec les visiteurs du nord de l’Europe, “sensibilisés depuis longtemps à ces problématiques”, explique Jean-Louis Moretti, ou avec les jeunes et jeunes adultes, “pour des questions générationnelles”. “Notre engagement pour un tourisme écologique était un principe de départ quand nous avons créé notre écogîte, avance Sylvain de Villers, qui dirige le Carbonaccio à Chiatra. Et notre communication est très axée sur cela. Pas de surprise donc pour la clientèle.”
Fascicules dans les chambres et petite discussion à l’arrivée font partie des fondamentaux de l’Incantu et du Capu biancu, mais ce dernier devra relever un nouveau challenge de taille dès cet été avec la mise en place du “zéro usage unique” sur lequel l’établissement travaille depuis trois ans, et compte sur ses employés pour faire passer le message. “D’ailleurs, la sensibilité à l’écologie est devenue un critère dès le recrutement”, note Marie-Josèphe Mucchielli pour qui “le passage à l’écologie fait peur pour des questions de coût, alors qu’en réalité on fait des économies”.

Les petites structures en création dans les zones de l’intérieur définies par la cartographie montagne du Padduc peuvent bénéficier d’une aide bonifiée de l’ATC si elles se lancent dans l’écolabel. Une manière supplémentaire d’inciter les propriétaires à s’engager, avec la logique ultime de “Green destination” en tête du côté de l’ATC, qui vise une labellisation de la destination corse dans le cadre d’une “démarche de fond globale, dans une logique de confiance entre institutions et entreprises sur le long terme”, espère Jean-Louis Moretti.


