Les professionnels du tourisme craignent une mauvaise saison. Et les visiteurs serrent le budget, même dans des destinations proches comme la Corse.
Publié le 05/06/2026 09:31Mis à jour le 05/06/2026 09:32
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Alors que la crise internationale pèse toujours sur le pouvoir d’achat des Français, ceux-ci comptent partir moins loin cet été, selon plusieurs études récentes, et vont serrer le budget. Cette réalité est déjà sensible pour les professionnels du tourisme, particulièrement en Corse. “Dans le calendrier de réservations, il y a beaucoup de trous”, témoigne Frédérique, propriétaire de la Villa Torrella, à une dizaine de kilomètres d’Ajaccio, où elle gère cinq chambres d’hôtes élégantes au bord d’une belle piscine, avec son mari Franck. “Aujourd’hui, les gens sont davantage dans la crainte, donc ils attendent la dernière minute pour faire des réservations”, estime Franck.
Pourtant, le couple pensait que la clientèle qui se détournerait des destinations comme Dubaï et toute la région du Moyen-Orient se rabattrait sur la France, et notamment sur la Corse et ses bords de mer, “mais non, il n’y a pas de réservations en ce sens”, constate Frédérique.
Peu de visiteurs et des dépenses comptées
En raison du contexte international anxiogène(Nouvelle fenêtre) et de la baisse du pouvoir d’achat, Frédérique constate aussi que ses hôtes limitent leurs dépenses. “On a cet avantage de pouvoir offrir une cuisine, explique-t-elle. Les gens l’utilisent beaucoup. Ils vont faire leurs courses et lors des promenades, ils s’offrent une glace, une boisson, mais ne vont pas tous les jours au restaurant. Ils font beaucoup plus attention.”
Tous les matins Franck va chercher du pain frais et des viennoiseries pour compléter le petit déjeuner fait maison servi à côté de la piscine. La qualité des prestations n’a, selon lui, plus la même valeur aux yeux de touristes obligés de compter leurs dépenses. “C’est davantage le pas cher qui l’emporte”, dit-il, expliquant que les vacanciers semblent délaisser les tarifs bord de mer pour profiter des prix moins chers dans les villages de montagne.
La concurrence d’Airbnb
Dans les montagnes, à Corte, sur la terrasse des Jardins de la Glacière, un hôtel trois étoiles, Émilie, la directrice, raconte que le mois d'”avril a été catastrophique et pour mai, où le taux d’occupation tourne normalement autour de 85%, on est très loin du compte.” Et en mai, elle dit n’avoir affiché complet que quatre soirs.
“J’ai trois employés que je n’ai pas embauchés, sur huit.”Émilie, directrice d’un hôtel 3 étoiles dans les montagnes
“Ça va de la femme de chambre au service du petit-déjeuner, en passant par celui qui travaille le soir… Ce sont des emplois à plein-temps sur six mois”, se lamente l’employeuse.
La crise actuelle au Moyen-Orient n’est pas seule responsable de la situation. Émilie sait qu’il y a depuis des années un autre facteur qui réduit son chiffre d’affaires : “On ne va pas tout mettre sur le dos de la guerre en Iran, dit-elle, mais on a un problème dans le centre-Corse, et ce problème, c’est Airbnb. À Corte, on a environ 285 lits touristiques, AirBnB en offre trois fois plus.”
Louer un appartement est une solution bien plus abordable, confirment Martine et José. “Ça nous revient à 700 euros la semaine. On se fait à manger, ce qui nous permet de réduire les frais de nourriture”, explique ce couple venu de Thiers, dans le Puy-de-Dôme. Ils ont pris le bateau à Toulon avec leur voiture, “parce qu’une location de véhicule sur place, c’est excessivement cher”, ajoute José.
José était carrossier, Martine travaillait en Ehpad, s’ils choisi la Corse, c’est parce que leur fils y fait son service civique. Sans ça, ils ne seraient pas venus. “On serait peut-être allé sur la côte atlantique, ou quelques jours chez ma fille, dit Martine. Quand on n’a pas d’appartement à louer pour les vacances, on peut se permettre des petits à-côtés sympas.”
L’exception de la formule en club
Pour régler la question des “à-côtés”, la formule “all inclusive” semble pour certains être une solution. Gilles, s’offre deux semaines dans un club Marmara, à une demi-heure de route au sud de Cargèse. Cet ancien militaire fait les louanges du “tout inclus“, un exemple à ses yeux de “gestion mathématique des frais de vacances“. “Pendant l’année, on met des enveloppes de côté. On paie et ensuite, on vit sa vie de de vacancier“. Il se réjouit d’ailleurs de ne pas avoir d’argent sur lui…. Et de n’avoir à distribuer que des “Bonjours” et des sourires.
“On n’a pas à se plaindre“, confirme Hamza Regragui, le directeur du Club Le Grand Bleu. “En juin et en septembre, question taux de remplissage, on est au-dessus des chiffres de l’an dernier, et pour le mois de juillet, on est au même niveau“. Il reconnait toutefois que l’année est “un peu compliquée” en raison de l’augmentation des prix de l’énergie, et du carburant. “Il ne faut pas oublier qu’on est sur une île“, rappelle-t-il. “Tous les produits arrivent par bateau et il faut payer tout ça.“
Plutôt que d’augmenter le prix des séjours qu’il propose, lui fait le choix de réduire ses marges.
Mais c’est un jeu auquel tous les acteurs du tourisme sur l’île ne peuvent pas jouer.
Radio France


