Par Laetitia Giannechini
Publié le 13/04/26 à 07:40 – Mis à jour le 13/04/26 à 09:001Commenter
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Des touristes en quête de renseignements, après le déblocage des ports par les pêcheurs, pour savoir à quelle heure ils vont pouvoir embarquer et quitter l’île. – Fanny Hamard
La guerre au Moyen-Orient et la crise des carburants ouvrent une nouvelle période d’incertitude pour l’économie corse. Ici, des compagnies low cost annulent leurs rotations vers l’île. Là, des hôteliers enregistrent, désemparés, des annulations en cascade, quand des autocaristes préfèrent aller voir ailleurs, échaudés par le blocus des pêcheurs.
Si les décideurs sont fébriles, c’est que le tourisme pèse lourd : 33 % du PIB contre 7,4 % au niveau national, et impacte directement 13 % de l’emploi insulaire (3,9 % à l’échelle nationale). Un poids qui interroge, surtout en temps de crise.
De fait, le tourisme structure le tissu productif. “L’effet levier généré par le tourisme sur les activités de services et de commerce capillarise également l’ensemble de la dynamique économique”, souligne Christophe Storaï, maître de conférences à l’Université de Corse, dans L’Atlas de la Corse contemporaine (2023, Actes Sud). En haute saison, les microrégions les plus touristiques, comme la Balagne ou l’Extrême-Sud, concentrent jusqu’à 55 % du chiffre d’affaires annuel des enseignes locales de grande distribution.
Un pilier fragile
Commerces, services, agriculture… Le tourisme irrigue l’économie, au point de la rendre dépendante. Pourvoyeur d’emploi et de développement, il est aussi un talon d’Achille : lorsqu’il ralentit, la mécanique économique insulaire se grippe.
Or, ce modèle repose sur un secteur, par nature instable et “particulièrement vulnérable aux chocs exogènes”, souligne l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) dans son “Diagnostic de l’attractivité de la Corse dans le nouvel environnement mondial“.
D’abord parce qu’il repose sur une demande très volatile. En quelques clics, on peut choisir de passer ses vacances sur la dune du Pilat plutôt que sur la Rondinara. Dans ce contexte, le prix est déterminant. Or, en Corse, il dépend largement du transport, donc des carburants.
L’impact du coût des carburants
À la moindre hausse, le séjour se renchérit, dans une destination déjà perçue comme coûteuse (+ 7 % par rapport à la moyenne en province, le double pour l’alimentaire). Les premiers à en faire les frais sont d’ailleurs les Corses eux-mêmes.
Quant au BTP, second pilier de l’économie insulaire, sa fragilité n’est pas à démontrer. La guerre en Ukraine l’a rappelé avec la flambée des coûts des matériaux. Après une forte baisse en 2023, les mises en chantier avaient encore reculé de près de 10 % en 2024.
La crise sanitaire avait déjà donné un aperçu de la vulnérabilité de l’économie insulaire aux soubresauts du monde. En 2020, elle a décroché deux fois plus vite qu’au niveau national, avec une chute de 17 % des heures rémunérées. Elle n’avait dû son salut qu’à une perfusion massive d’aides publiques.
Les voies de la résilience
“Les entreprises corses ont progressé mais restent fragiles. Elles sont mieux informées, ce qui leur permet de faire preuve d’anticipation. Malheureusement, leur capacité d’absorption reste faible”, reconnaît Jean-Louis Albertini, président du Medef Corse, évoquant des problèmes de trésorerie, d’ingénierie et “la taille réduite des structures”.
Les voies de la résilience sont connues. “Il faudrait accélérer la transition énergétique et soutenir la diversification productive hors saison touristique”, estime le représentant du patronat, qui souligne aussi les besoins en termes d’accès au financement et plaide pour “des voies novatrices qui rendraient les entreprises plus solidaires et plus fortes à l’avenir”. Pour ne plus vivre, chaque année, au gré de la saison.


