
Archives ALAIN PISTORESI
Avec un billet “dernière minute” à 700 € pour le week-end de l’Ascension, l’aéroport de l’Extrême-Sud est le plus cher de l’île. Si sa fréquentation est en hausse, professionnels du tourisme et élus fustigent un pouvoir d’achat rendu moindre sur place.
Quiconque s’est amusé à chercher combien coûte un billet d’avion entre Paris et Figari – observation également valable avec Marseille et Nice – pour l’un des ponts du mois de mai a forcément été surpris, voire effaré du tarif proposé.
À un peu plus de deux semaines du départ, un aller-retour pour le week-end de l’Ascension entre la capitale et Figari pour une personne, sur les vols les moins chers, revient à 694 €, quand il est presque moitié moins cher pour Bastia ou Ajaccio.
De quoi faire grincer des dents du côté des professionnels du tourisme de la microrégion qui le disent tous de manière unanime : “Quand le visiteur paie un billet aussi cher, c’est du pouvoir d’achat en moins sur place et donc une clientèle qui ne dépensera pas, ou beaucoup moins que ce que l’on pourrait espérer.”
Le prix d’un vol long-courrier
Le constat est dressé aussi par les tour-opérateurs du Continent : “On m’a demandé récemment de vérifier s’il n’y avait pas une erreur quand j’ai annoncé le tarif en avant-saison…”, explique une responsable d’agence parisienne. “On voit ce type de phénomène depuis quelques années sur Figari, mais cela devient plus flagrant encore, davantage en avant-saison qu’en été. 700 €, c’est le prix d’un vol long-courrier, donc on peut comprendre que certains hésitent surtout pour un court séjour, même quand ils ont un pouvoir d’achat conséquent. C’est presque une question de principe.”
Du côté des élus locaux, on s’interroge depuis plusieurs années déjà sur ces tarifs et sur la “double peine” que subit Figari, à savoir “des tarifs très élevés, et cela, anormalement, par rapport aux autres aéroports corses. Si on voulait gêner ou tuer le territoire, on ne s’y prendrait pas autrement”, juge Jean-Christophe Angelini, qui souhaite “parler de cette situation à la Collectivité. Mais les courriers envoyés sont jusqu’à présent restés sans réponse.”
“Plus l’achat se fait tôt, plus on a de chance d’avoir un billet moins cher”
Les chiffres concernant Figari fournis par l’office des transports montrent une hausse de fréquentation en 2024, en résident comme en commercial. “J’entends les différences avec les autres aéroports, mais la fréquentation est en hausse et Air Corsica a des pratiques tarifaires hors résident qu’elle peut équilibrer comme elle l’entend”, avance le président de l’OTC, Jean-Félix Acquaviva.
La compagnie régionale voit surtout dans ces tarifs une réponse classique au “yield management”, qui consiste à proposer des tarifs différents sur un même vol et voit donc une augmentation des dits tarifs au fur et à mesure que le remplissage de l’avion se fait.
Et à Figari, “les ventes se font plus vite que sur les autres plateformes, dont la stratégie tarifaire est identique. Le phénomène d’engagement est plus important sur certains aéroports, comme Figari. Et il faut également garder à l’esprit qu’il n’y aura pas de meilleur tarif si on réserve tard, au contraire : plus l’achat se fait tôt, plus on a de chance d’avoir un billet moins cher. La moyenne d’un vol Orly-Figari, c’est 289 €, et on a beaucoup plus de tarifs bas que de tarifs hauts”, développe Jean-Baptiste Martini, directeur commercial et marketing d’Air Corsica. Exit donc pour beaucoup les quelques jours réservés à la dernière minute.
Une augmentation “honteuse” et “pénalisante” des taxes
La compagnie régionale met également en avant une “baisse de ses tarifs depuis deux ans, puisqu’on est passé de 1 000 € à 700 €” malgré l’augmentation “honteuse” des taxes, qui “pénalise le trafic”.
Point sur lequel Jean-Félix Acquaviva rejoint l’analyse de la compagnie. Ces taxes et surtaxes, assure-t-il, “pèsent et dénaturent les tarifs résident et commercial. C’est notre premier souci aujourd’hui.” Celui dont il espère qu’il sera moins prégnant avec le passage de la chambre de commerce et d’industrie dans le giron de la Collectivité de Corse au 1er janvier 2026, “ce qui nous permettra d’harmoniser les redevances et de mutualiser les moyens”.

Par Sandrine Ordan sordan@corsematin.com
