
K.B.
La saison estivale touche à sa fin et l’heure est au bilan. Si le cœur de l’été a bien rempli les terrasses, les restaurateurs dressent un constat mitigé : fréquentation en baisse, clients plus économes, saison concentrée sur quelques semaines… Pour beaucoup, les belles années semblent désormais derrière eux.
Une saison catastrophique ? “On n’en est pas loin !” À Porto-Vecchio, la déception des restaurateurs commence à devenir une habitude. L’été n’est pas encore terminé que la vieille ville se vide déjà. L’heure est au bilan. “Décidément, ça n’aura pas duré longtemps”, souffle l’un d’eux. Tous ont souhaité garder l’anonymat. “Après, on va encore dire qu’on ne fait que se plaindre, que c’est de notre faute, qu’on est trop cher…”
Cette année, il a tranché : il fermera plus tôt, dès octobre. “Depuis trois ou quatre ans, c’est le déclin. Oui il y a du monde du 15 juillet au 15 août, il y en aura toujours, mais après ? Les mois d’avril et de mai ont été mauvais, tout le monde se regardait en se demandant quand est-ce que la saison allait réellement démarrer.” D’autres sont plus résignés. “On a bien travaillé quand même, il faut juste faire le deuil, accepter que les très belles années qu’on a connues sont derrière nous”, soupire la patronne d’un bar.
Une fréquentation en baisse
Sur le port de plaisance, même constat. Du monde, certes. Mais plus assez pour tout le monde. “Les plus gros, ceux qui sont devant, absorbent toute la promenade. Il ne reste plus grand-chose pour les autres”, observe une professionnelle, dépitée. Pour ces établissements, la fréquentation est bien là, mais les patrons, eux, ne cachent pas leur morosité : “C’est simple, les Français n’ont plus d’argent. Heureusement qu’on a les Italiens et les Suisses. Ça partage une pizza à quatre, ça prend des carafes d’eau, bref, ça ne consomme plus. Le chiffre d’affaires, d’année en année, il est en baisse !”
Pour certains, cette saison sera même la dernière. À bout, deux patrons d’établissement ont déjà décidé de jeter l’éponge. “Je cherche à vendre, mon affaire est devenue un boulet”, explique l’un d’eux, qui doit désormais compléter son salaire avec un deuxième emploi. “Il n’y a pas assez de passage dans ma rue, je n’ai pas assez de clientèle pour rester rentable et les charges, elles, s’accumulent”, déplore-t-il. À la périphérie du centre-ville, même décision radicale. “J’ai fait l’effort de baisser tous mes tarifs cette année, et même comme ça, je n’ai pas été complet un seul soir. Ça ne prend plus, je suis lassé de me battre.”
Une clientèle plus familiale
Dans la cité du sel, les prix sont parfois jugés extravagants. Dans un petit restaurant traditionnel, il faudra débourser entre 20 et 30 euros pour un plat. “Certains critiquent les prix, mais ils oublient que chez nous, tout est plus cher : la nourriture importée, le prix du loyer, du foncier…”, se défend celui qui s’apprête à tirer sa révérence.
Mais pour les professionnels, le problème ne se résume pas aux prix, mais aussi à la clientèle elle-même, qui aurait changé. “Depuis que le club Via Notte a fermé, qu’il n’y a plus vraiment de vie nocturne digne de ce nom, on se retrouve avec une clientèle beaucoup plus familiale avec enfants, qui se lâche beaucoup moins sur le budget, cuisine depuis le Airbnb”, affirme l’un d’eux.
De quoi le laisser quelque peu nostalgique : “Quand il y avait encore cet esprit festif dans la ville, je me souviens que je faisais encore un demi-service à 22 h 30, il y avait de l’ambiance, les restaurants, les bars, tout le monde était bondé.”
Un Porto-Vecchio plus dépensier, que les professionnels voient désormais s’éloigner.
Par Kelly Bekkar


